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« MAI 68 » : A contribué à la réforme des institutions sénégalaises

Avec « Mai 68 », un soufflepuissant de liberté a balayé laplanète de l’Europe aux Etats -Unis d’Amérique, en Afrique etjusqu’au Japon.

L es jeunes nés après la deuxième guerre mondiale se sont révoltés, presque partout dans le monde, les uns pour revendiquer davantage d’épanouissement personnel, pour briser le carcan des tabous de la société bourgeoise occidentale ;les autres pour dénoncer les discriminations de toutes sortes, le racisme et l’antisémitisme, la guerre du Vietnam etc. Pour le respect des droits civiques et contre l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968 à Memphis dans le Tennessee En France, des intellectuels comme Louis Althusser, Michel Foucault, Jacques Derrida, Pierre Bourdieu, ou encore Gilles Deleuze ont été des figures emblématiques. Jean Paul Sartre jouant aussi sa partition dans les médias et même chez les ouvriers français. Toutefois c’est le marxisme althussérien qui était la grande référence de la majorité des intellectuels de gauche et le campus de l’université de Dakar en a aussi été un réceptacle chauffé à bloc. C’est ainsi que le « mouvement de Mai 68 » a profondément secoué la société sénégalaise du fait de la jonction réussie, dans un premier temps, entre étudiants et travailleurs grévistes, notamment de l’UNTS. L’impact a été violent mais la société, dans son ensemble, majoritairement rurale, n’a pas adhéré au mouvement et donc, le « Grand soir » tant rêvé ne pouvait pas être au rendez-vous. N’empêche le régime du président Léopold Sédar Senghor a compris le message et a tiré des conclusions pertinentes de ce grand mouvement de basculement idéologique. Avec « Mai 68 », le conformisme intellectuel et le conservatisme universitaire, avec les cours ex-cathedra délivrés par des « mandarins », professeurs juchés sur le piédestal de leur savoir incontesté, ne pouvaient plus continuer. Des décennies avant la généralisation d’Internet, l’interactivité, notamment entre professeurs «désacralisés» et étudiants décomplexés a commencé. Le Sénégal de Senghor a su sortir de l’épreuve, par le haut, en créant les conditions d’une plus grande ouverture académique et politique. Le lancement du Club Nation et Développement créé le 9 mars 1979 et, auparavant, la création du poste de premier ministre le 26 février 1970 sont des réponses inspirées suscitées par « Mai 68 ». Le poste de premier ministre supprimé à la suite de la crise de 1962 entre Senghor et Mamadou Dia (ce dernier était précisément président du Conseil) était, pour ainsi dire restauré, pour déconcentrer le pouvoir et permettre une plus grande proximité entre l’exécutif et les populations. Le président de la République apparaît moins exposé, et, donc plus à même de jouer les arbitres en cas de besoin. «Mai 68 » et ses acteurs ont eu un impact positif sur l’évolution des Institutions républicaines sénégalaises du fait de la sagacité des autorités qui ont procédé à des changements bienvenus. Après l’avertissement il fallait réagir et les gouvernants l’ont réussi, après avoir fait face et imposer leur autorité. Sur le plan syndical, le concept de « participation responsable » a été élaboré pour contrer le radicalisme syndical de l’UNTS qui sera remplacée par la CNTS (Confédération Nationale des Syndicats du Sénégal) qui avait opté pour travailler en synergie avec le pouvoir. La jonction conjoncturelle entre étudiants et travailleurs a été ainsi écartée pour des décennies. A cet égard « Mai 68 » a réveillé l’Etat de son sommeil dogmatique et poussé ceux qui l’incarnent à rester vigilants. Le Club Nation et Développement a servi de plateforme voire d’incubateur pour réfléchir sur les changements institutionnels et autres que le nouveau contexte social imposait. Ce creuset du dialogue démocratique était ouvert à des intellectuels très critiques vis à vis du régime pour susciter un débat fécond accouchant d’idées novatrices pouvant être mises en œuvre par le gouvernement. Le Club avait aussi pour but de cibler ce qui n’allait pas dans l’action du gouvernement pour faire des propositions pour améliorer et/ou changer les choses. Une nouvelle dynamique a été impulsée pour que l’esprit critique prévale, et avec, l’action politique efficace. « Mai 68 » a provoqué l’ouverture dans l’action gouvernementale d’abord et celle de l’espace politique national, ensuite avec l’avènement des « quatre courants » en 1974. Six ans après « Mai 68 », était porté sur les fonts baptismaux le premier parti d’opposition, le PDS (parti démocratique sénégalais ». ET, quatre ans plus tard, son leader, Abdoulaye Wade a participé, en tant que candidat, à l’élection présidentielle de 1978. Cette campagne électorale a mis en lumière la démocratie sénégalaise marquée par la liberté de ton, les moqueries, notamment de Senghor qui a affublé Wade du sobriquet de « Ndiombor » (lièvre rusé) qui est resté. Si tout cela s ‘est produit, c’est parce que le vent de liberté de la révolte estudiantine a balayé les vieilles certitudes et fait naître un monde nouveau. Si on y regarde de près les changements ont été spectaculaires et finalement maitrisés parce qu’il faut reconnaître que Senghor a fait une lecture lucide de la nouvelle situation et a accepté de prendre les décisions courageuses en permettant la création de partis d’opposition. Il a aussi encouragé le dialogue interne dans sa propre formation politique et avec les acteurs sociaux. C’est une rupture majeure dont on peut apprécier, aujourd’hui, 50 ans après, la portée historique. Ceux qui ont vécu « Mai 68 » à l’intérieur du pouvoir ont pu mesurer l’incroyable chemin parcouru en si peu de temps et qui a marqué un tournant décisif dans l’évolution politique du Sénégal. Sans doute que ces évolutions étaient dans l’ordre naturel des choses ; mais c’est « Mai 68 » qui a donné le coup d’accélérateur pour leur mise en œuvre. Evidemment la lecture d’un événement historique n’est jamais neutre .50 ans après, même si les souvenirs sont encore vivaces, il y a souvent une tendance à enjoliver. « Mai 68 » n’a pas provoqué de tsunami politique au Sénégal. Il a cependant produit et/ou suscité des changements majeurs dans la décennie qui l’a suivi. Il faut donc lire « Mai 68 », les yeux bien ouverts, de manière lucide et décomplexée, pour en décrypter les enseignements et les retombées politiques et syndicales dans notre pays.

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