L’ex-Premier ministre de Jacques Chirac,
Dominique de Villepin, est en train
d’opérer un retour en force sur la scène
politique française.
Il devient le chouchou des sondages et, chose
curieuse, gagne beaucoup de points au ni
veau de l’électorat de gauche. Lui, le gaulliste
qui s’est rendu célèbre à l’ONU, en réaffirmant
la position de liberté de la diplomatie fran
çaise, en refusant de s’engager aux côtés des
Américains pour attaquer l’Irak de Saddam
Hussein, accusé de posséder des « armes de
destruction massive ».
Ce haut fait d’armes politique a grippé les re
lations entre Paris et Washington pendant
un long moment.
Même après les guerres du Golfe, la chute de
Saddam Hussein et la découverte de la su
percherie de l’existence des « armes de des
truction massive ». Une fake news !
De Villepin, nommé à Matignon par Chirac,
échouera, comme beaucoup de ses prédé
cesseurs, à s’imposer dans ce poste très diffi
cile. C’est l’échec du projet du CPE (contrat
première embauche) qui a freiné son ascen
sion politique, et il restera à Matignon jusqu’au
départ de Chirac (qui a bouclé ses deux man
dats), en 2007.
Avec la victoire de Sarkozy, De Villepin prit
du recul, en tant qu’avocat d’affaires prospère.
Il continua d’écrire des livres appréciés sur
Napoléon (les 100 jours, la réflexion politique :
De l’Esprit de cour). Sa plume est alerte, tout
comme est percutante sa voix, qui impose
l’écoute.
L’ex-Premier ministre, énarque, diplomate,
polyglotte (parlant anglais et espagnol aisé
ment), a forgé une personnalité respectée
qui ose prendre des positions courageuses,
dans la ligne de la tradition gaulliste, patrio
tique, universaliste et libre.
Ses prises de position tranchent avec celles
de beaucoup de politiques français qui
n’osent pas condamner les crimes perpétrés
par l’armée israélienne à Gaza, par exemple.
Il a eu à subir des attaques violentes de pro
israéliens dogmatiques comme le philosophe
Bernard-Henri Lévy, qui l’a accusé d’antisé
mitisme avant de s’excuser.
De Villepin n’a pas sa langue dans sa poche
et a une longue expérience d’homme d’État
et une formation solide. Il a de l’autorité et
des valeurs respectables. Il est de droite, mais
reste un homme ouvert qui a fait du chemin.
Son retour en grâce politique est compré
hensible dans un pays, comme la France, où
les grands leaders semblent être une espèce
en voie de disparition.
La dégradation spectaculaire des relations
entre Paris et les États francophones d’Afrique,
notamment les États sahéliens que sont le
Mali, le Burkina et le Niger, qui ont rompu
leurs relations diplomatiques avec la France
et ont quitté la CEDEAO pour se jeter dans
les bras de la Russie de Poutine, en est une
illustration qui fait réfléchir.
Il y a bien une faillite du leadership français
qui est en cause dans cette nouvelle situation
« incroyable ».
La voix de la France n’a pas tonné juste. Sa
politique de coopération a manqué d’effica
cité ! Le rendez-vous du troisième millénaire
est raté, pour le moment, et un « reset » est
à réinventer. De Villepin pourrait être l’homme
de la situation, nationale d’abord et interna
tionale ensuite. Il a un certain âge, celui de
la maturité et de la sagesse.
Mais rien n’est encore joué dans un pays où
un racisme résiduel gangrène la société,
comme le vivent les jeunes Français qui s’ap
pellent « Mamadou » ou « Mohamed », dis
criminés à l’embauche et qui se demandent :
« Que devient la devise de la République : li
berté, égalité, fraternité ? »
Un pays où la natalité décline et qui a besoin
d’immigrés mais écoute les chants des sirènes
d’une extrême droite incarnée par le Rassem
blement national, qui compte le plus grand
nombre de députés à l’Assemblée nationale.
La voix forte de Villepin suffira-t-elle ? Rien
n’est moins sûr !
Il a de l’autorité et des valeurs
respectables. Il est de droite, mais reste
un homme ouvert qui a fait du chemin.
