Une grande dame s’en est allée. Ma
tante Nanette, sœur aînée de
Maman, nous a quittés hier, au grand
et bel âge de 92 ans.
Une femme qu’il est difficile de raconter, mais
qui mérite tout de même de l’être, car Tata
Nanette est une légende à part entière !
Son passage sur terre aura en effet été extra
ordinaire, unique. A son image !
L’aînée de notre grand-père, Adrien Senghor – patriarche de la famille, premier fils de Dio
goye -, Nanette, nièce favorite de son oncle
Sédar (avec sa cousine, Hélène), aura vécu
sa vie ainsi : la première. En tout et à tous
points de vue.
Jeune femme à l’orée de la période postin
dépendance du Sénégal, connue pour sa
grande beauté, des chefs d’État aux têtes cou
ronnées, son charme ne laissait nul indiffé
rent.
Résolument indépendante, son énergie, son
charisme, étaient si forts d’intensité, qu’elle
avait le pouvoir de vous “envoûter” par son
regard… et bien sûr, par son magnifique sou
rire.
Digne Princesse du Sine, l’étoile de Nanette
Senghor brilla haut et loin, la portant jusqu’au
Festival de Cannes en 1962, où elle présenta
son premier film, “Liberté 1”, du réalisateur
Yves Ciampi.
Car oui, Tata Nanette, la quintessence d’une
Star, embrassa brièvement le métier d’ac
trice !
Professeure d’espagnol de formation, c’est
une brillante carrière autour des lettres et de
la diplomatie qui furent définitivement
siennes. Occupant, au fil des ans, de hautes
fonctions au sein d’institutions à l’étranger
et au Ministère de l’Enseignement Supérieur
au Sénégal, Nanette Senghor brilla par son
intelligence, sa finesse d’esprit, son amour
de la culture, du beau et des mots.
Tata Nanette était si belle, si élégante, si raffi
née. Si théâtrale et dramatique, également !
Je me souviens de ses réactions, de ses en
trées… De ses départs, aussi !
Je me souviens également de nos séjours
chez elle, avec mes sœurs, lors de nos va
cances à Dakar.
Elle était toujours d’une grande douceur,
d’une grande gentillesse avec nous.
Parfois, elle me faisait appeler, seule, dans
sa chambre – qui était, un univers en soi :
somptueux, tout de beauté, d’étoffes cha
toyantes et de grands miroirs ! Elle m’offrait
alors des chocolats (Suisses, bien sûr), et par
fois, me confiait un “secret”.
J’avais alors 7 ou 8 ans. Elle me disait que
j’étais sa préférée et j’en étais ravie au plus
haut point !
Plus tard, à ma grande surprise, je découvris
qu’elle disait la même chose à d’autres : mes
sœurs, mes tantes, mes cousins et cousines.
Et tout le monde la croyait, chacun pensant
être “l’élu” ! 🙂
“Du Tata Nanette” par excellence !
Au soir de sa vie, ce sont des moments d’in
timité privilégiés que nous partagions. Plus
simples, d’une grande tendresse.
Elle me faisait des petites confidences. Cer
taines, bouleversantes de sincérité.
Tata Nanette n’a eu qu’une seule fille, Colette,
partie trop tôt. Une légende, elle aussi, de
son époque !
Nombreux sont ceux qui se souviennent de
Colette Diack et de ses années au Lycée
Jeanne d’Arc de Dakar !
Tata Nanette est aujourd’hui partie après une
vie glorieusement vécue !
Sa mémoire demeure pour l’éternité, en chan
son. Immortalisée par nul autre que Youssou
N’Dour !
Telle une étoile, vue par une autre…
Que ton âme repose en paix, Tata.
Je sais ton immense joie d’être aujourd’hui,
enfin, de nouveau avec Colette.
Enfin.
Et je m’en réjouis
