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IL Y A 26 ANS Quand l’Afp provoquaun séismepolitique

La dimension historique d’un événe
ment s’éclaire avec la boussole du
temps. Le choix de Moustapha Niasse
de quitter le Parti socialiste, alors au pouvoir,
pour créer l’AFP (Alliance des forces de pro
grès), à la suite d’un discours de rupture pro
noncé le 16 juin 1999, a fait basculer le Sé
négal dans une nouvelle ère politique.Celle
des alternances !
La première accompagna le siècle et le mil
lénaire nouveaux, avec le rôle décisif du nou
veau chef de parti, couronné « faiseur de roi ».
Classé troisième derrière Abdoulaye Wade à
l’élection présidentielle de l’an 2000, Mous
tapha Niasse décida de respecter son enga
gement de voter pour le candidat de l’oppo
sition qualifié au second tour, et fit glisser le
Sénégal dans un tremblement de terre sans
précédent dans l’histoire de ce pays qui pra
tiquait pourtant la démocratie depuis plus
d’un siècle.
Abdou Diouf, qui avait totalisé 41,30 % des
voix, perdit le pouvoir au second tour face à
Abdoulaye Wade, qui n’avait obtenu que 31,01
% au premier tour. Niasse, avec 16,77 %, pro
pulsa le challenger au sommet de l’État. Wade
récolta plus de 58 % des voix, tandis que Diouf
garda presque intact son score d’un peu plus
de 41 %.
La vérité des chiffres prouve l’apport déter
minant de Niasse, sans qui Wade n’aurait pas
pu gagner.
Une brèche politique venait d’être ouverte,
rendant l’alternance d’abord possible, ensuite
banale, lorsqu’en 2012 Macky Sall détrôna
son mentor, Wade.
Pour les chiffres, il faut constater que Wade,
après 12 ans de pouvoir, obtint 34 % au pre
mier tour, soit trois points de plus qu’en l’anMacky Sall, pour une première tentative,
obtint 26 %, et Niasse compléta le podium
avec 13,2 %.
Il se retrouva à la même place de « faiseur de
roi » et, fidèle à lui-même, vota pour la se
conde alternance. 2012 est ainsi une réplique
du séisme de 2000. Et, à chaque fois, le fon
dateur de l’AFP joua les premiers rôles : Pre
mier ministre en 2000 et, en 2012, président
de l’Assemblée nationale. En un peu plus
d’un quart de siècle d’existence, l’AFP s’est
installée dans le peloton de tête des forma
tions politiques sénégalaises.
Ce succès n’est pas le fruit du hasard : il doit
beaucoup au leadership de son fondateur, à
son charisme, à ses compétences, à sa ca
pacité à manager ses équipes, à ouvrir sa for
mation à toutes les catégories sociales, à cul
tiver le respect, le culte de l’excellence et du
sérieux — le tout enraciné dans un patriotisme
digne d’éloge.
Le secret de l’AFP est, en vérité, une citoyen
neté assumée, un enracinement populaire
revendiqué et vécu. Ce qui favorise une fra
ternité réelle entre les militants, cadres et mi
litants de base confondus.
La longévité du parti ne s’explique pas autre
ment, comme le 3e congrès l’a encore dé
montré, avec la présence massive des mili
tants et de leurs représentants venus de
toutes les régions et départements du pays.
Avec une troisième alternance qui vient d’ins
taller des jeunes au pouvoir, Niasse, qui avait
exprimé sa volonté de se mettre en retrait
pour laisser les nouvelles générations prendre
le relais, a favorisé la compétition démocra
tique qui a pleinement joué pour le choix de
son successeur.
Mbaye Dione, qui a été plébiscité, coche
toutes les cases : ancienneté, fidélité, com
pétence, représentativité. Depuis, il pose des
jalons solides et porte la voix du parti avec
hauteur et rigueur, entouré de militants jeunes
dévoués et de seniors du parti qui lui appor
tent les éclairages indispensables dans le
management des hommes.
En retrait, et non à la retraite, le président
Moustapha Niasse reste disponible et ouvert.
L’AFP aborde ainsi une nouvelle phase de
son déploiement, dans un contexte tout à
fait nouveau, face à un pouvoir populiste qui
semble naviguer à vue.
Il faut donc réinventer l’action de l’opposition
et agir en concertation avec toutes les forces
de progrès crédibles et respectueuses.
L’AFP sait s’adapter, et elle l’a prouvé
lorsqu’elle était au pouvoir, tout comme
lorsqu’elle a rejoint les rangs de l’opposition
en 1999, à la suite de sa séparation avec Wade.
Faire front ne lui est pas étranger et ne l’a ja
mais poussée à renier ses valeurs. Jamais !
C’est pourquoi cette formation politique ins
pire le respect et attire les jeunes et les
moyens jeunes. En ce début du second quart
du XXIe siècle, des défis majeurs interpellent
tous les citoyens sénégalais, embarqués dans
une troisième alternance pleine d’incerti
tudes.
Réalistes et lucides, les militants de l’AFP ont
répondu à l’appel au dialogue, et le président
Niasse, à qui a été fait l’honneur de parler en
premier, a rappelé les enseignements du pre
mier président de la République du Sénégal,
Léopold Sédar Senghor, qui mettent en
exergue l’impératif d’avoir des « finances
saines, une administration organisée et une
justice indépendante ».
Ce discours a été à la hauteur du personnage,
si l’on peut dire, et a donné le ton à des re
trouvailles sincères dont le seul objectif devait
être de rassembler le peuple autour de l’es
sentiel : mettre le pays sur les rails du dialogue
fécond, du respect mutuel et de l’action pa
triotique concertée pour relever les défis éco
nomiques qui impactent négativement la vie
des populations.
À ce rendez-vous, qui n’a pas encore accouché
des synthèses pertinentes attendues, l’AFP
a joué sa partition de manière responsable.
Le moment est certes complexe, mais il exige
courage politique et engagement patriotique.
C’est pourquoi l’AFP continue le combat, avec
rigueur et lucidité.
Pour préparer aussi les futures échéances
électorales locales prévues en 2027.
L’AFP est déjà sur le terrain pour sensibiliser
les militants, les organiser et les mobiliser.
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point,
dit le fabuliste.
À juste raison !