Depuis plusieurs semaines, les décla
rations du premier Ousmane Sonko,
président du parti Pastef, suscitent
de vives inquiétudes quant à sa conception
du pouvoir, de la démocratie et des libertés
fondamentales. Ses récents propos, selon
certains, révèlent une vision de plus en plus
autoritaire du rôle de l’État, et une intolérance
croissante à la critique.
“Jusqu’à quand, Ousmane Sonko, abuseras
tu de notre patience ?
Jusqu’où iras-tu dans la provocation, la me
nace et l’intimidation ?
Combien de temps encore allons-nous faire
semblant de ne pas entendre la voix d’un
homme qui, dans ses fonctions régaliennes,
parle et agit comme un chef de clan, rêvant
tout haut d’un pouvoir dictatorial ?”, ques
tionne l’ancien juge, Ibrahima Hamidou
Dème. Il rappelle qu’il y a deux mois, s’expri
mant devant la représentation nationale, M.
Sonko affirmait vouloir s’impliquer person
nellement pour faire taire certains chroni
queurs jugés trop critiques.
“Hier encore, tu as franchi le Rubicon en dé
clarant que si tu étais président de la Répu
blique, « certaines personnes ne parleraient
plus ». Et ces déclarations ne sont pas isolées.
Elles s’ajoutent à une longue série de me
naces et d’attaques contre l’opposition, la
presse, la société civile, les institutions ; en
somme, contre la liberté et la démocratie.
Chaque mot que tu prononces, chaque pro
messe que tu formules, chaque menace que
tu profères révèle ce que tu es vraiment : un
dictateur en puissance, dissimulant de moins
en moins son projet de gouvernance totali
taire”, déclare M. Dème.
Pour l’ancien magistrat, ce n’est pas la pre
mière fois que le leader de Pastef franchit le
Rubicon verbal. “Tu dis vouloir «effacer» les
voix discordantes. Mais tu dois savoir que nous
avons choisi la République. Et la République
n’a pas vocation à faire taire. Elle protège la li
berté d’expression. Elle garantit la coexistence
des opinions, même les plus critiques. Elle en
cadre cette liberté et, en cas d’abus, en confie
la sanction à l’autorité judiciaire. Tu dis que
certains ne parleraient plus. Mais qui t’a donné
ce pouvoir ?
Le silence que tu veux imposer à d’autres est
celui que redoutent tous les peuples qui ont
vu naître des tyrannies sous des promesses
de rupture”, affirme M. Dème.
Paraphrasant Cicéron, il dit : “Alors oui, j’ose
te poser, comme Cicéron à Catilina, cette ques
tion : Jusqu’à quand abuseras-tu de notre pa
tience ? Jusqu’à quand continueras-tu à parler
au nom du peuple pour mieux l’abuser ?
Jusqu’à quand penses-tu que ta volonté fait
loi, que ta parole fait vérité, que ta personne
est au-dessus de toute critique ?”
Juge Dème rappelle au Pm que : “le Sénégal
n’est pas une propriété privée.
Le pouvoir ne confère pas le droit d’effacer
qui l’on veut. Et la démocratie ne saurait se
plier aux caprices d’un homme incapable de
supporter la contradiction. Nous resterons
debout. Nous parlerons. Et nous rappellerons,
chaque fois que nécessaire, que la liberté est
un droit constitutionnel, non une faveur oc
troyée par un prince”.
Tu dis vouloir «effacer»
les voix discordantes.
Mais tu dois savoir que
nous avons choisi la Ré
publique. Et la Répu
blique n’a pas vocation à
faire taire. Elle protège la
liberté d’expression. Elle
garantit la coexistence
des opinions, même les
plus critiques.
