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MBAYE DIONE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ALLIANCEDES FORCES DE PROGÈS (AFP)« La dérive de l’endettementpublic hypothèque notredéveloppement »

À la tête de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) depuis le dernier congrès, Mbaye Dione expose
dans cet entretien sa vision d’un parti en reconstruction, fidèle à l’héritage de Moustapha Niasse
mais tourné vers les défis de l’heure. Face à un pouvoir qu’il juge populiste et impréparé, il appelle
à une mobilisation nationale autour d’un projet politique crédible, fondé sur le dialogue, la
rigueur économique et l’engagement de la jeunesse.Vous venez de célébrer, avec les militants, le
26e anniversaire du discours fondateur de
l’AFP, prononcé par le Président Moustapha
NIASSE, il y a plus d’un quart de siècle, le 16
juin 1999. Pourquoi avez-vous choisi, en tant
que nouveau secrétaire général du parti, de
donner tout cet éclat à cet événement ?
Avant toute chose, je voudrais remercier votre
rédaction pour l’intérêt que vous avez voulu
témoigner à l’AFP, à sa direction et à ses militants,
en projetant votre phare sur l’événement com
mémoratif que nous venons de magnifier, pour
fêter les vingt-six années d’existence de notre
formation politique. Je vous remercie égale
ment pour le jugement bienveillant que vous
portez sur la qualité de cet événement. Cepen
dant, il faut savoir que ce n’est pas la première
fois que nous célébrons, à l’AFP, l’anniversaire
de la déclaration du 16 juin. La singularité que
revêt cet anniversaire, c’est, en effet, de le cé
lébrer sous les auspices d’une nouvelle direction
collégiale, dont j’ai l’honneur d’être le secrétaire
général. Toutefois, la direction a souhaité faire
revêtir à cet événement une dimension propé
deutique, pour rester fidèle à la philosophie
politique qui sous-tend le texte de la déclaration
du 16 juin 1999. C’est la raison pour laquelle
nous avons choisi deux universitaires de renom,
en l’occurrence les Professeurs Souleymane
Astou Diagne et Mor Diaw, pour introduire une
thématique d’actualité traitant des questions
cruciales de l’économie sénégalaise. Et c’est
sans doute, la qualité de leurs exposés et les
échanges de haut vol qu’ils ont eus avec le pu
blic, qui regroupait des Sénégalais de différentes
sensibilités intellectuelles et politiques, que cet
événement a connu l’éclat que vous lui prêtez.
Cette nouvelle mobilisation, après le 3e
congrès qui vous a porté, par plébiscite, à la
tête de l’AFP, a-t-elle une signification parti
culière ?
Cette mobilisation obéit à une doctrine et à
des valeurs qui sont constitutives de notre iden
tité, à l’AFP. Autrement dit, notre parti a opté
pour la primauté de la réflexion sur l’action.
C’est pourquoi nous avons accolé le slogan
«parti de la réflexion et de l’action » à notre
sigle. Pour ma part, en tant que secrétaire gé
néral, je me félicite de la mobilisation des mi
litants du parti et du sacrifice consenti collec
tivement, de la base au sommet de la
hiérarchie, pour faire de cette journée commé
morative un moment de réflexion pendant le
quel nous avons été en communion avec les
forces de l’opposition. Si bien que, d’un évé
nement de notre parti, la commémoration est
finalement devenue une agora des forces es
sentielles de la classe politique la plus en vue
de l’opposition au régime de Pastef. Et cela
nous réconforte, en ce sens que la présence
de celles-ci à nos côtés, en ce moment impor
tant de réflexion, reflète une tradition bien an
crée chez l’AFP, celle de l’ouverture et de l’am
bition de fédérer les Sénégalais autour de l’es
sentiel, afin de coconstruire ensemble les voies
alternatives qui sortiront ce pays du gouffre fi
nancier et du marasme économique dans les
quels les dirigeants actuels l’ont installé.
Cette mobilisation participe-t-elle de la dy
namique politique que vous vous êtes enga
gés à impulser et à étendre toutes les sections
du parti, partout sur le territoire national ?
Voyez-vous, quand les marxistes disent que
«ce sont les petits matins qui font les grands
soirs », ils entendent par là qu’aucun effort,
aussi minime ou isolé soit-il, n’est à négliger
pour l’atteinte des objectifs partagés. Nous
avions été, par le passé, dans une coalition de
« Cette dette est
devenue un fardeau
sans contrepartie,
une hypothèque sur
l’avenir que nos
enfants devront
rembourser à notre
place. »
gouvernement, qui vaut au parti un satisfecit
total, dans la transformation du Sénégal et
dans ce visage nouveau que présente le pays
à la face du monde, caractérisé par la dotation
du pays en infrastructures modernes aux côtés
des politiques d’inclusion sociale. Mais force
est de reconnaître que, proportionnellement
à nos efforts de contribution aux politiques
publiques de la majorité présidentielle à la
quelle nous avons appartenu, l’animation des
instances de notre parti en a connu un ralen
tissement. Nous avons donc pour objectif de
remobiliser les militants et adhérents à travers
des séries d’animations de différentes sortes.
Et celles-ci pourraient constituer un point de
départ vers cette direction.
Le nouveau régime qui a succédé à celui de
Macky Sall traverse des zones de turbulence,
notamment sur le plan économique et de la
mobilisation des ressources financières in
dispensables pour développer le Sénégal.
Ce nouveau régime pèche par l’imposture et
par le bavardage, sans retenue, et marqué par
une absence inquiétante de gravité dans son
mode de communication. Cette communica
tion désastreuse, qui vise à satisfaire une lubie
vengeresse en direction de l’ancien président
Macky Sall, avec cette exagération sur le niveau
de la dette et sur le déficit public, rendue pos
sible, selon leurs dires, par le maquillage des
chiffres, installe le pays, non pas dans des zones
de turbulence, mais dans un tourbillon qui vire
au cataclysme. Le niveau d’irresponsabilité
que nous avons constaté, avec ce nouveau ré
gime, atteint des proportions inégalées danstoute l’histoire de notre État. Au point que le
niveau d’endettement nous expose au risque
d’insolvabilité et, par voie de conséquence, à
la banqueroute.
Curieusement, la grande majorité des partis
politiques reste peu active sur le terrain. Dans
ce contexte, l’AFP brille par sa présence et
ses initiatives.
Au Sénégal, nous avons, pour l’essentiel, dans
l’écosystème des formations politiques, des
partis dotés d’une expérience de luttes poli
tiques, qui nous ont valu des avancées signi
ficatives dans l’élargissement des libertés pu
bliques et des acquis démocratiques. Dès
lors, dire que les partis politiques restent peu
actifs semble excessif comme jugement, à
l’état actuel de la situation. La dernière alter
nance démocratique que nous avons connue
est survenue à la faveur d’une transition gé
nérationnelle du personnel politique, avec
une conjonction de facteurs nouveaux, no
tamment des réseaux sociaux, dans une lo
gique de propagande populiste, qui ont eu
un effet de changement dans le corpus élec
toral, que traduit bien l’élection au premier
tour d’un illustre inconnu face à un parterre
de candidats aux profils plus reluisants et
crédibles. C’est donc tout naturellement que
de pareilles occurrences suscitent un round
d’observation, par l’entremise duquel les par
tis appréhendent ces mutations, pour bien
ajuster aussi bien leur démarche que les lo
giques de conquête du consentement et du
soutien des populations, plus précisément
les jeunes.
Pourquoi pensez-vous que le moment est
propice alors qu’aucune échéance électorale
ne pointe à l’horizon ?
Quand on est engagé pour le mieux-être de
ses compatriotes, pour la préservation des
intérêts supérieurs de la nation, il n’y a pas
d’agenda préempté et préfiguré, en dehors
de l’évaluation in vivo des rapports de force
politiques. En définitive, on en revient tou
jours à la maxime de Lénine : « analyse
concrète d’une situation concrète ». En un
an et demi de règne, la majorité actuelle a
fini de convaincre les sceptiques de leur im
péritie. Faut-il faire comme eux, à savoir ex
ploiter les frustrations sociales des masses
à la lisière des insuffisances notées dans les
politiques publiques ? Ou alors faudrait-il
élever le niveau de conscience citoyenne, en
l’émancipant des procédés populistes, qui
consistent à justifier les moyens par les fina
lités ? À l’AFP, nous avons opté pour le choix
de clarification par une méthodologie scien
tifique des questions d’enjeux vitaux pour le
progrès social et la prospérité économique
de notre pays. En d’autres termes, il s’agit de
tout faire pour déconstruire le narratif popu
liste du régime en place en lui opposant un
discours savant éprouvé par une expérience
solide. C’est dire donc que l’élection, à elle
seule, n’est pas en soi le seul aiguillon de
notre agenda politique. Bien au contraire,
elle constitue la résultante, qui vient couron
ner le schéma stratégique d’animation et de
mobilisation des instances et bases du parti.
Vous avez rencontré le leader du parti PIT,
Samba Sy, et ses compagnons. Pourquoi une
telle démarche ? Pourquoi le PIT et non le PS
à qui vous lie une longue histoire politique
et avec qui vous partagez l’héritage sengho
rien ?
Entre le Parti de l’Indépendance et du Travail
(PIT) et l’Alliance des forces de progrès (AFP),
il a toujours existé une alliance organique, fon
dée sur une vision partagée quant aux impé
ratifs de conjonction des moyens de lutte, pour
combattre les injustices et promouvoir les va
leurs humanistes de progrès et de solidarité
entre nos concitoyens. Et cette entente est
consubstantielle à l’arrivée de l’AFP sur la scène
politique sénégalaise et a été rendue possible
grâce au leadership de nos aînés, en l’occur
rence les Présidents Moustapha Niasse et feux
Amath Dansoko, Madieyna Diouf et Maguette
Thiam. Ces grands hommes ont gravé dans le
marbre des usages, des pratiques et des cou
tumes, qui se sont, à force, institutionnalisés,
et, par voie de conséquence, qui obligent nos
deux formations politiques. Cette visite illustre,
s’il en était besoin, l’adage selon lequel « les
hommes passent et les institutions demeurent».
Avec le ministre, le professeur Samba Sy et ses
camarades, à qui je rends un grand hommage
et à qui j’exprime amitiés et gratitudes renou
velées, nous sommes les vigies de cette tradi
tion d’unité dans la différence, pour conjuguer
nos forces en vue de conquêtes qui renforcent
notre État de droit, consolident notre commun
vouloir-vivre ensemble et assurent le rayon
nement économique et diplomatique de notre
pays. Toutefois, l’AFP prendra langue avec tous
les leaders de l’opposition ouverts aux discus
sions pouvant déboucher sur des consensus
stratégiques de lutte contre les dérives du ré
gime en place, mais également pour mettre
en place des cadres unitaires qui faciliteront
l’émergence d’une alternative crédible à ces
stagiaires à la tête de ce pays.
Vous avez aussi participé au dialogue national
organisé par le nouveau pouvoir. À cette oc
casion, Moustapha Niasse a prononcé un dis
cours mémorable qui a fait le tour du monde,
par sa pertinence, en rappelant les leçons de
Senghor : « Un État moderne doit avoir des
finances saines, une administration bien or
ganisée et une justice indépendante ». Depuis,
on attend les propositions finales du régime
qui semble jouer la montre ?
Le discours de Moustapha Niasse revêt plu
sieurs symboles, qu’il convient de souligner,
et qui sont des conditions au leadership, à sa
voir : l’expérience, le charisme et la conscience
historique. S’y ajoute que la tradition africaine,comme le soulignent les enseignements du
Sage de Bandiagara, l’écrivain et ethnologue
malien Ahmadou Hampâté Bâ, veut qu’un vieil
lard soit une bibliothèque et dépositaire de la
mémoire du continuum historique. Enfin, chose
quelque peu marginale mais non moins sym
bolique, c’est la différence dans la qualité de
son élocution, d’un exposé oral sans support,
qui résiste à toute épreuve scientifique, com
parée à celle de notre génération, qui nous
convie à l’humilité et au travail pour être à sa
hauteur intellectuelle.
En ce qui concerne la publication des conclu
sions, elle est maintenant du ressort du Chef
de l’État, clef de voûte de nos institutions et
investi du pouvoir régalien de définir et de
conduire la politique de la nation. Je m’abs
tiendrai de toute spéculation tout en étant vi
gilant. Ce qui est sûr, c’est que notre formation
politique, après consultations de ses organes
de direction, a souverainement délibéré et pris
la décision de prendre part au dialogue natio
nal. D’abord, pour être cohérents avec nous
mêmes — faut-il le rappeler — c’est notre ma
jorité qui a institutionnalisé cette journée de
dialogue, sous la direction de Son Excellence
le Président Macky Sall. Ensuite, notre expé
rience aguerrie d’une présence de plus d’un
quart de siècle nous a suffisamment enseigné
l’inanité de la politique de la chaise vide. Dernier
point, et non des moindres, avec nos parte
naires de l’opposition et les forces vives d’alors
sous le magistère de Me Wade, nous avons
scientifiquement éprouvé les vertus du dia
logue, de la méthode co-constructiviste et de
l’inclusion participative, dans la recherche de
solutions aux difficultés endogènes. Pour toutes
ces raisons, l’AFP, sans calcul politicien, avait
le devoir d’y être, et nous avons loyalement et
rigoureusement pris part au dialogue.
Pensez-vous que le régime est sincère dans
sa volonté de dialogue affichée ?
Il est vrai que la sagesse du Président Thomas
Jefferson nous a appris que la sincérité importe
davantage que la justesse du choix. Et c’est
cette sincérité que j’ai tentée de fonder à travers
la réponse à votre précédente question. Lais
sons le temps faire son œuvre, nous apprécie
rons le sort que le Chef de l’État et son Gou
vernement réserveront aux conclusions issues
du dialogue. Ce qui demeure constant, c’est
que la sincérité de l’AFP ne souffre d’aucune
contestation, pour les raisons évoquées plus
haut.
En décidant de participer au Dialogue national,
nous avons voulu exprimer sans ambiguïté
notre attachement au principe de concertation,
qui est l’un des piliers fondamentaux de la dé
mocratie. En effet, la démocratie ne fonctionne
pas seulement sur la base des décisions de la
majorité ; elle prend aussi en considération les
points de vue de l’opposition et de la société
civile. La démocratie se nourrit, en consé
quence, de l’écoute, des échanges, de l’inclu
sion… Du reste, notre pays, le Sénégal, a toujours
eu recours au dialogue pour construire des
consensus forts autour de questions majeures.
Ce qui l’a d’ailleurs fini par institutionnaliser à
travers une Journée nationale du Dialogue, le
28 mai de chaque année.
Nous avons donc tenu à nous inscrire dans la
fidélité à cette bonne pratique, en dépit de
l’acharnement répressif du pouvoir contre l’op
position, la presse et toute autre voix critique.
Nous sommes allés au Dialogue, nonobstant
les arrestations arbitraires, les emprisonne
ments intempestifs d’activistes, de députés et
d’anciens ministres, les violations répétées du
droit de manifestation, les écarts de langage
de certains des principaux dirigeants du pays.
Nous n’avons même pas été découragés par
le rejet de nos amendements aux termes de
référence visant principalement à inscrire à
l’ordre du jour les difficultés sociales, écono
miques et financières qui interpellent l’État et
les populations, et dont la dernière sortie de
nos partenaires du FMI atteste de l’étendue et
de la gravité. À l’heure d’un premier bilan, nous
estimons que les discussions menées, la mise
en débat de problèmes importants pour le de
venir de notre pays, justifiaient largement notre
participation au Dialogue national. Et ceci, en
dépit du fait que des questions essentielles
demeurent irrésolues, tandis que le pouvoir
persiste dans son refus de respecter les libertés
inscrites dans la Constitution et dans sa logique
de judiciarisation de ses différends avec l’op
position, comme en atteste l’emprisonnement
arbitraire du Président Moustapha Diakhaté.
Pourtant, à la fin de la cérémonie de clôture
du Dialogue, nous avions lancé un appel à
l’apaisement au Président de la République,
nous fondant sur sa propre déclaration, lors
de la séance solennelle d’ouverture du Dia
logue. Ne disait-il pas : « Mon rôle, en tant
que garant de l’unité nationale, est de tendre
la main à toutes et à tous, pour rassurer, ras
sembler, apaiser et réconcilier afin de confor
ter la paix et la stabilité indispensables au
développement économique de notre pays» ?
Que vaut ce discours, confronté à la réalité
des faits ?
« Notre parti a opté
pour la primauté de
la réflexion sur
l’action. »
Lors du congrès, vous avez, dans votre inter
vention, mis en exergue la fidélité aux valeurs
du socialisme démocratique et votre ouver
ture au dialogue. Vous avez aussi rappelé le
parcours exceptionnel de l’AFP, qui a joué un
rôle décisif pour l’avènement de la première
alternance en l’an 2000 et de la deuxième en

Ce passé vous oblige, mais vous avez
aussi le devoir politique de défricher l’avenir
avec et pour la jeunesse.
Qu’en pensez-vous ?
Notre génération est celle qui a enjambé le
passage d’un deuxième au troisième millé
naire. Autrement dit, nous sommes témoins
du passage de la société industrielle à celle
post-industrielle, marqué par une accélération
des mutations, toutes ayant générés des
crises protéiformes, multidimensionnelles et
complexes, qui brouillent la compréhension
globale de l’ordre mondial. Or, les valeurs so
cialistes sont le produit d’un système social
à l’intérieur d’une société capitaliste en proie
à la lutte des classes. Et nous voyons bien,
depuis la chute du mur de Berlin, le triomphe
du libéralisme, avec son corollaire, le néoli
béralisme destructeur, belliciste et pollueur.
Les familles socialistes semblent enfermées
dans un questionnement pour lequel, faute
de réponses capables de défaire le néolibé
ralisme, contre mauvaise fortune, bon cœur,
elles se contentent de consensus compro
missoire avec la toute-puissance du Marché,
qui compromet chaque jour un peu plus les
services publics d’éducation, de culture, de
formation et de santé, en les exposant aux
dures lois de la concurrence mercantiliste.
Enfin, les TIC ont finalement introduit des faits
sociaux nouveaux, qui subvertissent les valeurs
morales, religieuses et humanistes de nos ca
dres de vie. Pour construire un lien qui donne
du sens — à la double acception du mot, orien
tation et direction — il est impératif de former
nos jeunes à mieux apprivoiser cette complexité
d’un monde en bascule, de la civilisation hu
maine vers le risque du post-humain, préfiguré
par la robotique.
C’est vous dire combien vous avez raison de
soutenir, compte tenu du continuum historique
qui nous lie à nos aînés, dont nous sommes
les héritiers, que cela nous oblige. Il ne serait
pas exagéré, dans le cas d’espèce, de faire appel
à Frantz Fanon, lorsqu’il soutient : « À chaque
génération de trouver, dans une relative opacité,
le sens de sa mission ; la trahir ou l’accomplir.»
C’est pourquoi nous avons mis en place une
direction collégiale constituée de moins jeunes,
de sages, de femmes et de jeunes.
Les jeunes qui avaient choisi de voter pour
les tenants actuels du pouvoir sont très déçus
; l’accélération des départs vers l’Europe, par
la mer et les chemins du désert, le prouve in
discutablement, avec ses drames terrifiants.Dénoncer les promesses populistes est une
chose ; proposer un programme politique
crédible et rassembleur en est une autre.
Quel est votre diagnostic ?
Ç’aurait été drôle d’en rire, s’il s’agissait d’une
équipe de dirigeant d’un club de sport dont
on vient de constater leur échec. Hélas, il s’agit
bien du constat d’échec d’une équipe gouver
nementale, qui n’en finit pas de multiplier les
bourdes, notamment diplomatiques, mais
aussi sur le plan de la coopération internatio
nale, et d’étaler ses limites en matière de bonne
gouvernance et de respect de l’État de droit.
Ils avaient vendu aux jeunes une « Solution »,
qui s’est révélée dolosive. Sous ce rapport, le
gouvernement vous donne acte de votre
constat : qu’il ne suffit pas de dénoncer et vo
ciférer à tue-tête des catalogues de solutions
irréfléchies, stupides et totalement hors-sol.
Ils ont profité de l’ignorance des jeunes et de
leur méconnaissance de la complexité à opérer
des arbitrages, creuset d’intérêts divergents,
voire conflictuels. Ce qui est remarquable, et
à saluer, c’est le stoïcisme des populations,
non pas pour les encourager dans le déni de
réalité, que le gouvernement et ses satellites
s’emploient à entretenir, mais pour qu’elles
mettent à profit le constat de cet échec pour
apprendre à ne plus se laisser avoir par les
mages politiciens.
Pendant le congrès, vous avez annoncé une
tournée dans tout le pays. Quand comptez
vous l’organiser ? ,Quels sont les objectifs
que vous ciblez ?
Dans mon discours de clôture de notre dernier
congrès, j’avais effectivement annoncé l’orga
nisation d’une tournée nationale dans les 558
communes du Sénégal, avec des séquences
par département, sur une durée de deux à trois
années. Cette tournée, qui est indispensable
pour une massification de notre parti, permet
tra, d’une part, de faire un état des lieux, des
gros villages aux quartiers, des communesaux
grandes agglomérations urbaine spour remo
biliser les militants, faire revenir certains ca
marades qui avaient quitté le parti, et de réar
mer militants et responsables jeunes, femmes
et cadres, de lister avec exactitude les préoc
cupations des citoyens sénégalais, afin de re
visiter le programme de gouvernance que l’AFP
présentera lors des prochaines échéances élec
torales à venir.
Nous envisageons également de rendre visite
à nos camarades de la diaspora, surtout dans
des pays à forte concentration de ressortissants
sénégalais, comme beaucoup de pays africains
de l’Ouest, du Nord et du Centre, d’Europe,
d’Amérique du Nord et d’Asie. Le programme
de ces tournées va débuter pendant ce mois
de juillet 2025 et les déplacements seront exé
cutés avec beaucoup de méthode et de rigueur
dans l’organisation.
Attirer massivement les jeunes est un impé
ratif politique catégorique, car ils représen
tent environ 70 % de la population et sont
une composante essentielle de l’électorat.
Avez-vous une stratégie spécifique ?
Naturellement, les jeunes en âge de voter
constituent une cible prioritaire dans la mas
sification du parti, en ce sens qu’ils constituent
l’avenir. Notre stratégie sera basée sur une
approche de proximité vers cette couche, par
le canal du Mouvement national des jeunes
du parti (MNJP) et les structures de nos étu
diants, par des modules d’animation sur des
« À chaque génération
de trouver, dans une
relative opacité, le
sens de sa mission ;
la trahir ou
l’accomplir. »
thématiques propres à la jeunesse. Nous al
lons également privilégier la communication
digitale, les réseaux sociaux étant devenus
accessibles à presque tous les jeunes du pays.
Toutes les régions et tous les départements
étaient bien représentés au congrès, ce qui
témoigne de l’implantation incontestable de
l’AFP dans tout le pays. Mais cela ne se reflète
pas au niveau des élus à l’Assemblée natio
nale. Vous êtes le seul député du parti. Com
ment rectifier cette anomalie lors des pro
chaines législatives ?
La seule façon d’améliorer la représentativité
du parti dans les assemblées électives nationales
et territoriales est de travailler à la base pour
avoir plus de militants, mais surtout d’électeurs,
et ensuite prendre toutes nos responsabilités
et notre courage à deux mains pour aller seuls
aux prochaines échéances électorales, ou former
des coalitions dont l’AFP serait la locomotive.
Un parti, c’est aussi des moyens conséquents
pour fonctionner. Il se trouve que vous êtes
banquier de profession. Comment comptez
vous renflouer la trésorerie de l’AFP ?
Il reste évident que l’AFP a toujours été, pour
l’essentiel, financée par le Président Moustapha

« Le niveau d’irresponsabilité que nous avons constaté, avec
ce nouveau régime, atteint des proportions inégalées dans
toute l’histoire de notre État. »
NIASSE, qui mettait ses moyens personnels
dans le fonctionnement du parti et finançait
les campagnes électorales, sans oublier les
nombreuses assistances apportées aux mili
tants et à beaucoup d’autres Sénégalais d’ho
rizons différents. Nous avons la même géné
rosité que le Président, car la solidarité et le
partage sont parmi les vertus qu’il nous a en
seignées. Certes, nous rendons grâce à Allah
de nous avoir donné les moyens de gagner
honnêtement notre vie, mais nous n’avons pas
les mêmes moyens financiers et personnels
que le Président NIASSE. Pour le moment, j’ai
pris l’engagement de financer l’essentiel des
charges de fonctionnement du parti. Toutefois,
nous allons nous organiser pour faire participer
le maximum de responsables, et ce sera l’un
des critères pour occuper certaines positions
dans les instances du parti. Nous sommes éga
lement en train de réfléchir à d’autres stratégies
de mobilisation de ressources saines pour le
financement du parti, surtout les campagnes
électorales souvent coûteuses.
Il y a aussi la mobilisation des femmes, qui
est incontournable pour tout parti de premier
plan au Sénégal. Que comptez-vous faire dans
ce domaine ?
Les femmes, comme les jeunes, ont toujours
été les piliers essentiels du parti. Elles font sou
vent preuve de fidélité et d’engagement. Les
instructions ont été données à la nouvelle pré
sidente du Mouvement national des femmes
du parti, Madame Ndèye Maguette Lô, d’éla
borer un programme d’animation des struc
tures féminines. Nous réfléchissons également
à des stratégies de mobilisation de ressources
financières dans les secteurs de la microfinance
pour les accompagner dans le financement
d’activités génératrices de revenus, afin d’as
surer leur autonomisation.
L’école du parti a une nouvelle directrice en
la personne du Docteur Sagar Seck. Quelle
est sa feuille de route ?
La feuille de route de l’école du parti est en
cours de réactualisation, au regard des muta
tions qui caractérisent la vie des partis poli
tiques dans le monde, et plus particulièrement
au Sénégal. Le Docteur Sagar SECK, qui en as
sure le secrétariat national, est un cadre uni
versitaire de haut niveau, qui a toutes les ca
pacités intellectuelles pour en assurer le bon
fonctionnement, au profit surtout des jeunes
du parti, qui devraient davantage connaître la
personnalité du Président Moustapha NIASSE,
sa pensée et son apport décisif dans l’État du
Sénégal, dans l’approfondissement de la dé
mocratie et dans le maintien de la paix dans
notre pays. Cela permettra de mieux connaître
le rôle important que l’AFP a joué lors des 25
dernières années dans la vie nationale.
Les sages du parti sont un atout majeur pour
l’AFP, et ont déjà participé à la gestion de
l’État au plus haut niveau. Il y a donc des com
pétences et une expérience politico-admi
nistrative à exploiter dans l’engagement sur
le terrain. Vous êtes vous-même un élu local.
Quel est votre avis ?
Nous avons dans le parti de nombreuses per
sonnes du troisième âge, qui ont fait preuve
de loyauté, d’endurance et d’engagement sin
cère, et mieux, d’une amitié profonde à l’égard
de notre modèle et notre référence, le Prési
dent Moustapha NIASSE. Certains parmi eux
ont accepté de nous accompagner en conti
nuant à occuper des postes de responsabilité,
grâce à leur expérience et leur amour pour le
parti. Nous les en remercions et essaierons
de les consulter, ou même de les associer,
dans les grandes décisions et actions du parti.
Un dernier mot sur la situation préoccupante
du Sénégal : vous êtes banquier, et vous
constatez, comme tout le monde, la frénésie
d’endettement du nouveau régime. Quelle
est votre analyse ?
Sur la question de la dette, le dernier rapport
de la banque britannique Barclays jette une
lumière crue sur la situation financière du Sé
négal : la dette publique est passée de 99,7 %
à 119 % du produit intérieur brut (PIB) entre
2023 et 2024. Une hausse de 20 points en seu
lement douze mois confirme l’échec cuisant
de la politique économique du régime. Une
telle accélération, rare en temps de paix, place
désormais le pays dans une situation plus cri
tique que celle de la Grèce en 2012. Pourtant,
le gouvernement persistait jusqu’ici à affirmer
maîtriser l’endettement, promettant même
une baisse à 75 % du PIB grâce aux revenus
pétroliers. Ce niveau d’endettement dépasse
largement le seuil de soutenabilité défini par
l’Union économique et monétaire ouest-afri
caine (UEMOA), fixé à 70 %. Pire encore, il place
le Sénégal parmi les pays les plus exposés au
risque de surendettement de la région.
Cette évolution interpelle, d’autant qu’elle in
tervient dans un contexte de forte pression sur
les finances publiques, marqué par un ralen
tissement de la croissance, une inflation per
sistante et un pouvoir d’achat en berne pour
les populations. Je considère que cette dérive
de l’endettement public constitue un manque
de clarté du nouveau régime sur sa stratégie
budgétaire. Le rapport d’exécution financière
du premier trimestre 2025, récemment publié
par le Ministère des Finances et du Budget, ne
fournit aucune mesure de rupture face à cette
situation. Les recettes fiscales stagnent malgré
une pression fiscale de plus en plus ressentie
par les ménages et les PME. Les dépenses d’in
vestissement ne sont ni prioritaires, ni évaluées
en termes de rentabilité sociale ou écono
mique. La masse salariale de l’État continue
de croître sans amélioration notable du service
public. Le gouvernement semble se contenter
de gérer l’héritage, sans poser les bases d’une
réforme structurelle de l’économie, ni clarifier
ses intentions sur le pilotage de la dette pu
blique. Plus inquiétant encore, les Sénégalais
ne voient pas les retombées concrètes de cette
dette. Où sont passés les milliers de milliards
contractés au nom du développement ? Le
chômage des jeunes reste massif. Les écoles
et les structures de santé sont sous-équipées.
L’agriculture, colonne vertébrale de notre éco
nomie, est toujours abandonnée aux aléas cli
matiques et au sous-financement.
Les infrastructures visibles, quand elles exis
tent, sont le plus souvent inachevées et mal
entretenues. Cette dette est devenue un far
deau sans contrepartie, une hypothèque sur
l’avenir que nos enfants devront rembourser
à notre place. Dans ce contexte, il est impératif
d’ouvrir un débat public et transparent sur la
gestion de la dette. Il est également urgent
de revoir l’architecture budgétaire du pays,
en recentrant les dépenses sur les secteurs
stratégiques : éducation, santé communau
taire, emploi des jeunes, sécurité alimentaire,
adaptation au changement climatique. Un
plan national de viabilité de la dette, adossé
à une stratégie claire de mobilisation de res
sources internes et d’amélioration de l’effica
cité de la dépense publique, doit être élaboré
en urgence. Car continuer sur la même tra
jectoire, c’est foncer droit dans le mur. En ré
sumé, la hausse vertigineuse de la dette n’est
pas qu’un indicateur économique : elle est le
reflet d’un modèle de développement en crise,
fondé sur l’endettement sans réforme, sur la
dépense sans impact, et sur l’opacité, au dé
triment de la souveraineté économique. Le
Sénégal mérite mieux. Il est temps de repren
dre en main notre destin budgétaire, avec ri
gueur, courage et responsabilité.

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