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Partenariat Qatar-Institut du monde arabe : “Le dialogue culturel ne consiste pas à éviter les sujets sensibles”

Ce samedi 11 octobre, s’ouvre à Paris la quatrième « Saison des séminaires de Doha » qui promeut le « dialogue culturel franco-arabe ». Député socialiste de 2012 à 2017, Alexis Bachelay était vice-président du groupe d’amitié France-Qatar. Il appelle à ce que cette manifestation culturelle n’occulte pas les violations graves commises par l’émirat du Golfe contre un ressortissant français, Tayeb Benabderrahmane.Le 11 octobre, l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris accueille la quatrième saison du cycle Doha–Dialogue culturel franco-arabe. Officiellement présenté comme un espace de dialogue entre traditions, savoirs et sensibilités, ce programme ambitionne de favoriser une meilleure compréhension mutuelle entre le monde arabe et l’Europe. Sur le plan institutionnel, il s’agit d’un événement organisé par le ministère de la Culture du Qatar en partenariat avec l’IMA. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie de diplomatie culturelle de l’État qatari, qui multiplie les partenariats et investit dans des événements internationaux afin de renforcer son image et de développer son rayonnement auprès des élites intellectuelles et culturelles.Derrière le discours affiché de l’échange et du rapprochement, le cycle fonctionne aussi comme une vitrine : il offre au Qatar un cadre prestigieux, au cœur de Paris, pour mettre en avant sa politique culturelle et sa volonté d’ouverture. Il s’agit donc d’une opération de communication, voire d’un repositionnement d’image, qui intervient à un moment où le pays est la cible de critiques sérieuses concernant son respect des droits fondamentaux.Violations gravesLe contraste est d’autant plus marqué que des instances internationales, telles que le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, ont récemment mis en évidence des violations graves commises contre un ressortissant français, Tayeb Benabderrahmane, arrêté, détenu arbitrairement et soumis à des actes de torture. Ce décalage entre une façade culturelle soignée et une réalité faite de répression interroge directement la crédibilité du message porté par un tel cycle. Or un lien, pour être solide, a besoin d’un liant. Dans le domaine culturel, ce liant ne peut être autre que le respect de la dignité humaine. Sans ce socle, les passerelles construites restent fragiles, artificielles, prêtes à se rompre au premier choc. On ne dialogue pas véritablement lorsque les droits humains sont laissés à la porte.À LIRE AUSSI : Torture du Qatar, barbouzeries, silence diplomatique français : l’épineux dossier Benabderrahmane En avril dernier, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a confirmé que la privation de liberté subie par Tayeb Benabderrahmane au Qatar était arbitraire et contraire aux normes internationales. L’avis onusien a également souligné des allégations de torture et de traitements inhumains infligés durant sa détention, des violations qui exigent une enquête indépendante et des réparations. Quelques mois plus tôt, en mai 2023, un tribunal pénal qatari l’avait condamné à mort par contumace, sans procès équitable ni notification régulière.

Ces faits, établis et reconnus par des instances internationales, dépassent largement le cadre d’une affaire personnelle. Ils touchent à des principes fondamentaux : l’interdiction de la torture, le droit à un procès équitable, la protection de la vie humaine. Ils ne sauraient être traités comme des détails secondaires ou marginalisés au profit d’un discours convenu sur le « dialogue ». Ils interrogent directement la sincérité et la valeur d’un cycle qui prétend rassembler les cultures, mais qui risque de se réduire à une mise en scène diplomatique.

Respect des droits humains

Un véritable dialogue culturel ne peut se limiter à l’apparence. Pour que la culture demeure un lien authentique entre les peuples, elle doit s’appuyer sur son liant essentiel : le respect des droits humains. Il ne s’agit pas d’opposer culture et droits humains, mais au contraire de les unir. La culture ne peut être un écran qui cache les zones d’ombre. Elle doit être ce liant qui, par l’échange, la critique et la liberté de parole, permet aux peuples de se reconnaître et de se respecter. Oublier cette dimension, c’est réduire la culture à un décor diplomatique.

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Pour donner tout son sens au cycle de séminaires, il suffirait de gestes simples : reconnaître publiquement les constats de l’ONU, inviter des voix indépendantes issues d’ONG ou du monde académique, consacrer un espace au débat sur la liberté d’expression, la torture et la protection des acteurs culturels. Ces mesures ne diviseraient pas, elles renforceraient. Elles apporteraient au dialogue la profondeur qui lui manque, et au lien culturel le liant nécessaire.

Car le vrai dialogue ne consiste pas à éviter les sujets sensibles. Il consiste à les affronter, à les mettre en commun, à les discuter avec honnêteté. C’est ainsi que les cultures se rencontrent vraiment, et non dans une juxtaposition polie. Un dialogue qui fait l’impasse sur les droits humains n’est pas un pont, mais une façade. Si nous voulons que la culture continue d’être un espace de lien, il nous faut lui redonner son liant : la dignité, la vérité, la liberté. C’est à cette condition seulement que le cycle Doha–Dialogue culturel franco-arabe pourra tenir sa promesse et être autre chose qu’un monologue institutionnel.